Les plus vieilles maisons de Lisogne sont bâties de moellons calcaires, taillés à la main à la crampe et au burin.
Le calcaire carbonifère des petites carrières du village, dont il reste des traces à gauche de la route du moulin, était facilement « litable » : un lit de schiste séparait chaque banc, et il ne fallait pas d’explosif pour détacher la roche. Pour la population pauvre des XVIIe et XVIIIe siècles, c’était un avantage : les pierres étaient posées les unes contre les autres avec, pour seul mortier, l’argile trouvée sur place. Les demeures plus bourgeoises, comme la maison Marchal ou la façade du château, furent au contraire construites en briques, symbole d’un statut plus élevé.


L’ancienne forge du village, en haut de la rue du Centre, était tenue par François Dewez.
Deux écoles et quinze élèves
En 1879, Lisogne-centre possède deux écoles primaires, l’une officielle, l’autre privée pour les filles. La commune confie à l’architecte Charles-Joseph Luffin la construction d’une école des garçons, avec le logement de l’instituteur et une salle pour le conseil communal : ce sera l’école du Centre.
Les hameaux doivent patienter. Loyers obtient en 1882 une école mixte, mais les parents lui préfèrent l’école privée de Mademoiselle Mathilde Marchal, qui accueille quarante enfants. Awagne n’aura son école primaire pour filles qu’en 1904. Toutes ces écoles ferment le 31 août 1975. En 2003, l’ancienne école du Centre, rénovée, est rebaptisée « Clos Eloy Waldor », en mémoire de l’instituteur fusillé en 1914, et offre cinq logements sociaux.

Après les sœurs, le boulanger
Construite vers 1850 sur un terrain du château, une grande maison rue du Centre sert d’abord d’école libre tenue par des sœurs, puis devient la boulangerie des époux Bailly. Les habitants pouvaient y venir cuire leurs propres tartes et leurs pains. Le four s’éteint en 1973.
La « royale » maison Marchal
À mi-hauteur de la rue du Centre, cette maison de maître en briques rouges ne passe pas inaperçue. Son histoire est digne d’un roman. Nathalie Bastin, fille de modestes paysans du village, quitte Lisogne pour Namur puis Bruxelles. Elle y épouse Joseph Genard, au service du comte Philippe de Flandre, frère du roi Léopold II. Veuve en 1891, elle aurait profité, selon la rumeur, des largesses du prince, et fait aménager avec luxe cette demeure que le village appelle « le petit château ».

Remariée en 1897 avec le négociant Émile Fastrès, elle s’y installe en 1899. En 1990, la maison passe à Jeanne et Michel Marchal, boulanger à Dinant, qui consacrent dix ans à restaurer moulures, plafonds, cheminées et boiseries. Pendant la Première Guerre mondiale, des officiers allemands y logèrent : lors des travaux, les Marchal découvrirent un casque d’officier contenant un journal de 1917…

D’après « Lisogne se conte » : « Les anciennes bâtisses » ; « Deux écoles et 15 élèves », par M. Coleau.
